Rosewater, de Tade ThomsonNigeria, 2066. La ville de Rosewater a poussé comme un champignon autour d’un biodôme extraterrestre mystérieusement apparu quelques années plus tôt et qui, depuis, suscite de nombreuses interrogations parmi la communauté internationale. Les habitants de Rosewater, eux, se fichent bien du comment et du pourquoi, tant que le dôme continue de dispenser ses guérisons miraculeuses lors de son ouverture annuelle. Karoo vit dans cette cour des miracles. Officiellement, il travaille comme agent de répression de la cyberfraude, mais il est aussi un membre du S45, une officine d État chargée de missions plus ou moins discrètes qui l a recruté en raison de ses pouvoirs psychiques, sans doute acquis au contact du dôme. Mais aujourd hui, ses talents font de lui une cible…

J’ai lu – 384 pages – 19 euros.

Un premier tome étonnant de vitalité terrestre et extra-terrestre !

Je me suis lancé dans la lecture de Rosewater suite à la découverte de cet auteur lors d’une de mes précédentes lectures. Les Meurtres de Molly Southbourne, une novella vraiment exceptionnelle en plus d’être bien écriture et accessible ! Ayant adoré ce texte, il m’en fallait un peu plus pour savoir si j’allais apprécier l’entièreté du travail de Tade Thompson.

L’angoisse commence à monter. Depuis 40 minutes que je travaille à l’Integrity Bank, je sens cette sensation grandir en moi. Cette fois, c’est une peur de passer un examen, couplée aux craintes d’un mariage à venir, sauf que ce n’est ni mon examen, ni mon mariage. Installé dans mon siège, je contemple Rosewater depuis les contrehauts du bâtiment dans lequel je travaille. Tout a l’air calme en ville. Je peux apercevoir les blocs d’habitation, les rues et le trafic qui tourne autour du dôme. Je suis assis autour d’une table ovale, avec quatre autres contractants. Nous sommes au quinzième étage, tout en haut, avec une ouverture d’un mètre de côté qui donne sur le ciel. Malgré cette aération, la pièce est tout de même climatisée, un gâchis d’énergie pour la banque, d’autant plus qu’elle doit régler une amende hebdomadaire pour cette aberration.

À ma droite se tient Bola, elle est enceinte et très fatiguée. Nous nous connaissons en tant que collègue depuis deux ans, et elle en est à sa seconde grossesse. Je ne comprends pas bien ce que cet état signifie, moi qui vit plutôt comme un solitaire. J’ai été un enfant unique, sans animal de compagnie. Il faut que je fasse cesser le flot de mes pensées. Je me concentre sur les clients de la banque, et une projection holographique se matérialise au centre de la table. Le mariage me revient en tête. Il va se dérouler dans trois mois. La mariée est angoissée, elle a pris quelques kilos, alors elle ne sait pas si elle doit retoucher sa robe ou faire une liposuccion. Ainsi, j’arrive à capter les pensées des gens. Je dois lutter contre ceux qui cherchent à attaquer la banque, des réceptifs ou des criminels tentent de voler des informations. Alors, il faut les noyer grâce à des informations non pertinentes, des textes classiques qui sont lus pour perdre dans la masse les données les plus importantes.

De la science-fiction de haut vol aux idées farfelues et aux personnages bien trop mystérieux !

Ce roman est fabuleux, autant dans sa forme que dans son intrigue aux multiples idées et aux multiples intrications. Même si j’ai trouvé cette histoire moins accessible que sa novella, elle n’en demeure pas moins emplie de grandes qualités. Il faut beaucoup plus de concentration pour entrer dans ce récit. C’est même nécessaire pour comprendre les deux intrigues qui se chevauchent, ayant un rapport temporel différent. L’intrigue principale se déroule en 2066, alors que l’autre se situe dans le passé – par rapport à l’année 2066, entendons-nous bien ! – et offre un panel impressionnant d’éléments qui viennent indirectement se greffer au récit. Connaître l’origine de l’arrivée des extra-terrestres, et approfondir certains personnages avant de les retrouver dans la trame principale. J’adore cette forme, avec une double intrigue. J’avais envie de passer de l’une à l’autre pour découvrir de nouveaux aspects du passé, tout en découvrant un peu plus le personnage de Kaaro, personnage emblématique de cette histoire.

C’est peut-être ça le souci que j’ai eu, une difficulté à entrer dans le récit à cause du personnage de Kaaro quelque peu inaccessible. Il a une personnalité étrange. C’est un réceptif qui est doté de capacités surnaturelles. Il peut pénétrer au cœur de la xénosphère, une sorte de pays des rêves, où toutes les pensées peuvent être lues par ceux qui ont un don. D’où vient-il ? Ça, on ne le sait pas vraiment, on ne connaît même pas son origine, même si tout penche vers l’hypothèse extra-terrestre. Et c’est là que tout devient intéressant, à contrario d’autres scénarios mettant en scène des rencontres avec des êtres venus des confins de l’univers, celui-ci est nettement différent. Tout gravite autour de ce biodôme, situé dans une ville Nigérianne, et qui dispose de pouvoirs bien mystérieux. Pourquoi s’ouvre-t-il chaque année, accompagné de guérisons miraculeuses à chaque fois ? À mesure que j’en ai appris davantage sur ce dôme, le mystère s’épaississait jusqu’à comprendre les enjeux de la xénosphère…

Partout, tout le temps, une ambiance brumeuse se développe. Une aura de mystère qui nimbe ce biodôme et qui attire les foules venues du monde entier en quête d’un miracle. C’est une lecture fort intéressante, qui passe de scènes aux décors horrifiques à des instants de flottement où Kaaro va se perdre dans les méandres de la xénosphère. Quand je dis horrifique, imaginez des endroits emplis de chair et de fluides corporels dans lesquels certains personnages évoluent, c’est quelque chose ! J’ai beaucoup aimé les relations entre les protagonistes, et tous leurs petits secrets, même si par moment j’ai fini par me perdre. Qui sait quoi ? Il connaît le secret de l’autre là ? Je vous laisse un peu imaginer la scène. L’auteur laisse des portes ouvertes dans ce roman, avec une géopolitique mondiale assez complexe qui nécessiterait bien des approfondissements ! C’est pourquoi Rosewater deviendra une trilogie, alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Ma note : 4/5

Quentin

Blogueur littéraire

A propos de l'Auteur

Chroniques audiovisuelles, escapades culturelles et chroniques littéraires des littératures de l'imaginaire : Science-fiction, Fantasy et Fantastique - SFFF.

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