Obsolescence programmée, de Benjamin NathéDepuis le Krach de février 2023 tout est devenu compliqué à Londres, comme dans beaucoup d’autres villes. Au fil des années une multinationale a su s’imposer dans le quotidien de milliers d’hommes et de femmes, en augmentant drastiquement le coût de la vie. Edgar Chaze, fumeur invétéré dans un monde de vapoteurs, tente de survivre à travers ce chaos inextricable, entre spéculation boursière et convoi de drogues. Mais à la suite d’une mauvaise opération financière, le jeune homme doit se faire oublier. Il trouve refuge au sein d’un étrange groupuscule révolutionnaire… Anthropia.

Roman auto-édité – 363 pages – 13,90 euros.

Un roman à suspense qui interpelle sur fond de finances et de cours boursiers…

C’est un ouvrage plutôt atypique que je chronique aujourd’hui. L’univers dans lequel l’histoire se déroule n’est pas une œuvre  imaginaire telle quelle, mais les situations et événements forment une fiction d’anticipation. C’est grâce à Benjamin Nathé, auteur de ce roman, que j’ai pu découvrir sa plume, ainsi que son travail littéraire. Malgré un genre qui s’avère éloigné de mes habitudes, j’ai tout de même pris beaucoup de plaisir à entrer dans un monde au bord du gouffre, où des vérités demeurent dissimulées et où les chiffres font tourner le monde au détriment des plus infortunés…

C’est dans un monde aux allures post-apocalyptique, et plus particulièrement à Buenos Aires, que le soleil s’attaque à détruire ce qu’il reste des constructions humaines. La chaleur est insoutenable, si bien que mêmes des tôles métalliques fondent sous l’effet de la chaleur. Nous sommes en l’an 2029, et Viktor discute affaire avec Emilio, un cultivateur de soja argentin. Ce dernier a une mauvaise nouvelle à annoncer à son client Viktor, le taux de protéines de son soja n’est pas au rendez-vous, mais tout de même d’une qualité considérable face au manque d’eau et à l’environnement qui se détraque. Viktor est un homme d’affaires, travaillant pour une entreprise de négoce de matières premières, située en Suisse, là où la fiscalité a des contours flous… Le narrateur – Edgar Chaze – est un homme payé par Viktor pour assurer sa sécurité. Mais Viktor ne semble pas coopérer avec Emilio juste pour son soja, mais aussi pour les informations qu’il est capable de délivrer…

Viktor sait ce qui est bon en affaire, surtout cette fameuse drogue, l’EDN, d’une puissance incomparable, et dont son navire regorge. Mais Viktor n’aurait jamais dû évoquer ce léger détail devant Emilio, lui qui était le frère du ministre de l’agriculture, et qui savait jouer de cette situation pour tirer toutes les cartes à son avantage. Mais tout a basculé depuis le flash crash de 2023 et l’apparition des psyodes de la Warmex, des êtres humains à l’allure étrange capables de prédire les fluctuations de la bourse. Cette capacité permettait à la société Warmex de s’enrichir considérablement en ayant toujours un tour d’avance dans l’achat et la revente des actifs. Face à ce monstre de la finance mondiale qui avale tout sur son passage, lutter contre ce système qui appauvrit devient une nécessité capitale.

Des personnages intéressants prenant vie dans une histoire intrigante qui nous emmène dans un monde à la frontière du post-apocalyptique !

C’est une lecture que je n’aurai jamais découverte sans avoir discuté avec son auteur. Je dois dire que j’ai été plutôt très agréablement surpris par ce roman, qui a su m’intriguer dès la lecture du quatrième de couverture. Malgré cet univers fortement ancré dans la finance, la bourse et tout ce qui s’en suit, cela demeure une fiction d’anticipation intéressante qui se lit rapidement et efficacement. Le style d’écriture est fluide et permet de se concentrer dans un contexte où le monde est au bord du chaos. Mais ce terme ne s’applique pas à tous, puisqu’une société a su sortir la tête de l’eau en mettant au point des procédés ingénieux pour prévoir les courbes boursières. Alors que d’autres tentent de survivre en s’adonnant à un commerce, licite ou non, ou même de tenter des coups de poker en bourse, leurs décisions ne tiennent qu’à eux pour essayer d’enrayer leurs pertes financières et de vivre dans ce monde où plus rien n’est à portée.

J’ai adoré les personnages de ce roman, en particulier Edgar Chaze, ce qui paraît évident puisque l’on suit ses péripéties tout au long de cette lecture. Mais c’est quelqu’un de profondément humain, qui va tout tenter pour chercher à sauver ceux qui ont croisé son chemin en l’ayant marqué. Viktor n’est pas en reste, même si le goût de l’argent demeure sa principale préoccupation. Il est violent et laisse un goût amer lorsqu’il n’obtient pas ce qu’il désire. Draven Wallgreen est un protagoniste décisif, directeur de Warmex, qui a un rôle très important et dont l’intrigue tourne autour de lui. Cooper, lui aussi, va faire son apparition un peu plus loin dans l’histoire, sans compter les compagnons d’aventure d’Edgar, tels que Nicole ou encore Willy, un être important à ses yeux.

J’ai aimé également chaque petit passage entre les chapitres, comme une bulle informative qui nous renseigne sur quelques propriétés du corps humain qui s’avèrent intéressantes. J’ai beaucoup aimé les décors, les inventions de l’auteur comme les psyodes, et tout le complexe de la Warmex, qui est retranscrit avec brio, et dont on imagine les décors sans aucune difficulté. J’adore les tournures que prend l’intrigue à mesure de son avancée, l’auteur n’est pas avare en rebondissements et en révélations. Je dois dire que la fin de ce roman m’a beaucoup fait penser au film Lucy, de Luc Besson, grâce à tout cet aspect technologique employé dans ce roman. Nul besoin, en tout cas, d’être expert en finance pour découvrir ce livre au suspense surprenant ! 😀

Ma note : 4,5/5

 

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Quentin

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