Aujourd’hui, article spécial, puisque ce n’est pas une chronique ! Non, non, je vais vous présenter un texte que j’avais écrit dans le cadre d’un appel à texte. Malheureusement, il n’a pas été retenu, mais je suis toutefois très heureux de pouvoir le partager avec vous sur le blog, alors j’espère qu’il vous plaira ! 😀


Les genoux dans la neige, je regarde tout autour de moi. Les flocons tombent sans discontinuer, je dois plisser les yeux pour tenter d’apercevoir quelque chose. Mes mains fouillent le sol, le froid me glace les doigts. Je finis par arrêter mes vaines recherches. J’étais pourtant sûre d’avoir attaché cette clé à mon cou, mais même en prenant soin de la fixer correctement, ce n’est pas suffisant. 

Cette clé est primordiale pour moi. Elle incarne tout, elle détient toute ma mémoire. Je suis coincée ici. Il y a encore quelques minutes, j’aurai pu vous dire depuis combien de temps je suis prisonnière, mais le flot de mes pensées a été interrompu. 

Quand je n’ai pas cette clé près de moi, je ne ressens qu’une chose : le besoin irrépressible de la retrouver, comme une obsession. Je ne veux pas mourir gelée, pas ici, il n’y a rien ni personne. Rien à part ce décor féérique en apparence, cette petite bâtisse en troncs d’arbres et des sapins. Je ne dirais pas à perte de vue, parce qu’il y a une frontière, faite de verre, que je ne peux franchir sans avoir découvert la porte qui me permettrait d’y échapper. 

Je dois aller vite. Mettre la main sur cette fichue clé, et partir à la recherche d’un accès, avant que tout se mélange. Je me lève d’un bond, une main devant les yeux pour me protéger des chutes de neige abondantes. Je parcours des centaines de mètres, alors que mes pieds s’enfoncent dans la poudreuse. Personne n’a songé à me laisser des gants, je dois me contenter de cette tenue. Une robe blanche qui s’arrête à mes genoux, ceinturée d’un ruban rouge. Mes longs cheveux ébène offrent une bien maigre protection contre le froid ambiant. 

Je perds de vue la maisonnée de bois, à force de progresser. Me voilà parvenue à l’orée d’une clairière, un rayon lumineux tombe du ciel, éclairant quelque chose sur le sol enneigé. J’y accours. Le sol sous mes pas devient glissant, je manque de tomber. Mes dents claquent entre-elles, je ne parviens plus à contrôler ma mâchoire. Ma peau se hérisse. Quand je rentre dans le cercle de lumière, une aura bienveillante me submerge. Au sol, la clé, posée là avec son collier. Je la saisis et la passe autour de mon cou. 

Je m’appelle Ambre, je suis enfermée ici depuis quinze jours. Mes émotions arrivent en moi comme une vague puissante contre laquelle je ne peux lutter. L’espoir que je ressentais auparavant s’est envolé. Avant d’être ici, je voulais qu’on m’admire, qu’on ne pense qu’à moi, j’ai écrasé tellement d’autres personnes pour me mettre en avant. Je voulais devenir une princesse, une vraie. Ma grande sœur avait le même rêve. J’étais toujours dans son ombre. Une fille belle et parfaite, une petite sœur inexistante. 

Je me rappelle ce jour où elle avait gagné cette clé, lors d’un concours. Elle était stressée et tendue. Sa carrière se jouait à cet instant. 

Sur le podium, devant tout le monde, elle m’avait appelé pour me donner cette clé. De rage, je l’avais jeté au sol avant de m’enfuir. Ma sœur avait fondu en larmes. 

Je m’en veux terriblement. Cette jalousie, ce rêve de gloire, ce n’est pas le mien. Depuis ce jour, je suis ici. Dans cette boule à neige que l’on secoue chaque jour. Je prends conscience qu’il n’y a pas de serrure dans cet endroit, pas de porte pour s’enfuir. 

Je pris la clé contre mon cœur. 

« Hayley, je t’aime. » 

Et la boule à neige se brisa.

Quentin Turquet

Blogueur littéraire

A propos de l'Auteur

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