Science fiction

Le monde, tous droits réservés, de Claude Ecken (2/2)


Le monde, tous droits réservés, de Claude EckenImaginez un monde où les organes de presse auraient le pouvoir de copyrighter l’information…
Un monde où il serait possible de déléguer les tâches subalternes auprès de clones et mener ainsi plusieurs vies de front…
Un monde où l’avenir serait prédéterminé en fonction d’un ADN attribué.
Un monde dans lequel il serait concevable de parcourir l’univers en s’incarnant dans des entités extraterrestres.
Un monde qui, ayant banni la mort, punirait le suicide par une peine de vie à perpétuité…

Imaginez… Demain…

Roman : Le monde, tous droits réservés
Auteur : Claude Ecken
Pages : 404
Éditeur : Pocket

Cet article est la seconde partie de ma critique sur ce recueil de nouvelles. La première partie se trouve par ici !

Fantômes d’univers défunts.

C’est une nouvelle plutôt longue et dense. Elle met en scène beaucoup trop de personnages à mon goût, et tous apparaissent au même moment dès le début de l’intrigue. De quoi déconcerter et perdre le lecteur facilement. Ceci passé, à part les discussions scientifiques habituelles de ce recueil de nouvelles, on suit les déboires d’un grand groupe d’amis qui va vivre quelques bouleversements.

C’est assez long à venir, alors que les premières lignes de la nouvelle mettent plutôt en appétit sur un aspect de nos vies que nous avons déjà pu vivre : croiser un inconnu dans la rue et être comme attiré par lui pour des raisons qui nous échappent, à l’instar d’une amitié encore méconnue.

Pourquoi pas ? La lecture est difficile, puisque ce n’est qu’à la fin que l’on comprend où l’auteur voulait nous emmener depuis le début. Je suis déçu par le choix du titre, qui en dit beaucoup trop sur le final de cette nouvelle…

La bête du recommencement.

Cette nouvelle prend place dans une galaxie composée de plusieurs planètes habitables. L’histoire est courte et porte sur Fershion, une cité pauvre et hétéroclite. En contradiction avec la vie de ses habitants, Ray Noil est un homme riche, si bien qu’il est constamment accosté pour lui sous-tirer un peu de sa fortune.

Salnavivve, sa femme d’autrefois, qu’il a sauvé de la mort est un enjeu majeur pour lui. Ils ne sont plus ensemble à cause de sa profession, et il voudrait bien revenir en arrière pour corriger ses erreurs avant que leur rupture ne se produise.

Les Nédèles, une caste de marchands, peuvent absolument tout vous dénicher dès lors que vous possédez beaucoup d’argent. Ray est alors surpris qu’ils aient une Bête du Recommencement en stock. Une Bête qui se fixe à la nuque et qui vous plonge dans une illusion bien réelle. Tout ce que vous imaginez devient réalité. Sauf si la Bête perd la vie.

J’ai beaucoup aimé cette courte nouvelle et sa morale sur l’égoïsme supposé de notre personnage principal et les modifications que peuvent engendrer un retour en arrière d’une seule existence.

Éclats lumineux du disque d’accrétion.

Là, c’est du lourd. C’est de loin la meilleure nouvelle de ce recueil.

David Fontaine, un jeune enfant de dix ans, vit dans la Cité depuis sa naissance. Sauf que sa situation n’a rien d’enviable. La Cité abrite les désœuvrés, ceux qui n’ont plus de travail et qui ne peuvent plus vivre dans les villes, hors de prix. Claude Ecken nous dépeint le portrait d’une société où les désœuvrés n’ont pas à s’inquiéter de leur subsistance, puisque tout leur est fourni : logement, chauffage, nourriture, eau, vêtements, meubles, télévision, internet et même un budget mensuel nommé le Consom.

En échange de cela, les désœuvrés doivent participer à deux ateliers, un physique et un éducatif au minimum. Tout est rationné par le Consom, si bien qu’ils disposent de quotas d’alcool, de desserts, de légumes, … Utilisé comme une monnaie de troc, des personnages comme Rog Sourdieu ou encore Ian Broyett sont des voyous qui n’hésitent pas à tout faire pour s’enrichir encore davantage.

« Éclats lumineux du disque d’accrétion » est une nouvelle profonde sur un fond clairement politique. Les enjeux liés aux désœuvrés sont si importants qu’ils sont le cœur de campagne des candidats politiques. Entre le parti du PEE qui désire les exploiter ou les « nettoyer » et Frédérique Albedo, une candidate qui y voit une opportunité d’évolution sans limite, les débats houleux sont lancés.

Cette histoire fait écho à notre société moderne, malgré son aspect futuriste, où les pour et les contres s’affrontent sans cesse et où la désinformation est maître en ce qui concerne les désœuvrés. De quoi se faire sa propre interprétation de la société en général…

La dernière mort d’Alexis Wiejack.

Alexis Wiejack est un homme malheureux qui est déjà passé par deux suicides. Il pensait mettre fin à ses jours suite à l’internement de sa femme. Apparemment, il n’avait pas sauté d’une fenêtre suffisamment haute…

La société décrite dans cette nouvelle a un principe : donnez un siècle de votre vie au travail, et l’état vous offrira en échange un siècle d’une retraite idyllique. Mais que se passe-t-il pour ceux qui ne respectent pas ce contrat ? Et pour ceux qui décident de tout arrêter ?

Entre esclavagisme dissimulé, désillusion, malchance et torture, cette courte histoire a de quoi faire frémir sur l’avenir du prolongement de la vie humaine…

En sa tour, Annabelle.

Une nouvelle humaine, poétique et fraternelle qui met en scène une famille où la jeune fille est atteinte d’une étrange maladie : ses phrases sont belles, mais n’ont aucun sens. D’abord amusés, ses parents se lassent vite de ses étrangetés et éprouvent de la peur pour leur fils. Ils ne désirent pas qu’il passe trop de temps avec sa sœur, de peur qu’il devienne comme elle…

Claude Ecken signe ici un clin d’œil aux amoureux de la poésie et de la littérature. « En sa tour, Annabelle » vaut bien son détour rafraîchissant en proposant autre chose que de la pure science-fiction.

La fin du Big Bang.

Damien est un nouveau né pas comme les autres. Il se souvient de beaucoup de choses, et même de ses « configurations » passées. Ses parents, Pierre et Florence s’inquiètent dès lors que leur fils parle de choses qu’il n’a jamais pu vivre. Jusqu’au jour où sa mère l’entend parler en russe pendant son sommeil…

Au fils de son apprentissage de la vie, il apprendra par la force des choses qu’il faut laisser le passé de côté pour se concentrer sur le présent et l’avenir. C’est ce que son père de l’époque lui avait inculqué, entre son licenciement où il travaillait en tant qu’assureur, puis l’échec de son entreprise qui le conduit au suicide. Jamais il ne fallait ressasser le passé. C’était primordial, selon Pierre, pour avancer.

Fraîchement installé sur les bancs de la fac, il fera la rencontre de Dieusane Harlé, la bibliothécaire de l’université. Damien empruntait beaucoup d’ouvrages de physique, qu’il rendait toujours raturés. En effet, il corrigeait des mots par d’autres, ce qui attira l’attention de Dieusane.

S’en suivra une épopée où la raison et le temps n’ont pas d’accroches. Avec l’aide de Dimitri, son ami de fac aussi introverti et complexé par son poids que lui, ils vont établir des théories sur l’origine de la mémoire de Dieusane et Damien. Et toutes sont liées à un certain… Big Bang, qui ne serait pas encore achevé.

C’est une nouvelle dépaysante, qui joue avec la science de l’univers, du temps et des êtres humains. Notre configuration ne serait-elle pas figée ? Mais comment pouvons-nous nous en rendre compte ?

J’ai simplement eu du mal à voir Damien grandir durant les premières pages de cette nouvelle, où il passe rapidement du berceau jusqu’à l’université. Mais ce n’est qu’un détail tellement cette histoire nous transporte par delà les âges et les décors, aussi bien qu’elle interroge sur la nature du Big Bang et de ses effets encore perceptibles, ou supposés.

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