Les Hommes Frénétiques, de Ernest PerochonAprès des siècles de guerres et l’anéantissement des civilisations, une nouvelle société humaine s’est mise en place sur Terre le long des parallèles.

Une seule obsession désormais : la paix.

Mais la science incontrôlée et le désir impitoyable de conquête semblent vouloir reprendre le dessus sur le destin de l’humanité.

Éditions Snag – 345 pages – 18 euros.

Une histoire d’anticipation des plus étonnantes et qui sème le trouble sur notre époque et l’avenir de notre civilisation !

Je tiens tout d’abord à remercier les éditions SNAG pour l’envoi de ce service presse. Ce roman, Les Hommes Frénétiques, est une réédition dont la première parution date de 1925. Il est décrit comme une œuvre oubliée et qui pourtant devrait être connue et reconnue pour ses prédictions sur les siècles à venir… Cette intrigue est d’ailleurs la seule de ce genre publiée par l’auteur, qui se préfère habituellement aux poèmes et au réalisme.

Harrisson, après avoir passé toute sa journée enfermée dans son laboratoire, se rendit sur la terrasse. Il appréciait pouvoir respirer ainsi l’air frais et les odeurs des plantes tout en profitant de l’extérieur. Il eût un geste déplacé, en jetant sa blouse de travail sur Samuel, qui jouait avec le chat. Samuel se débattit sous l’étoffe isolante, provoquant le fou-rire de Harrisson. Mais une voix s’éleva au-dessus de tout ce remue-ménage. La voix d’un vieillard, réveillé par toute cette agitation. Il ne leur en voulait pas, il était même heureux de les voir ainsi rire et jouer. Après quelques propos philosophiques, le vieillard se plongea de nouveau dans le sommeil, et Samuel put reprendre là où il en était dans son jeu avec le petit chat

Harrisson se sentait fier. Il venait, pendant un instant, de créer quelque chose. Quelque chose de nouveau. Il se demandait même comment sa découverte allait être aperçue et interprétée par le monde. Il était bien au-delà de tout, il créait de nouveaux systèmes et allait inventer la vie de demain, et c’était tout ce qui l’intéressait dans son existence. Il détestait les philosophes qui venaient critiquer ses travaux sans aucune vertu que de les descendre sans en connaître les exactes possibilités. Et tout cela, c’était grâce à Avérine, son maître qui lui avait tout appris, qui était né au début du cinquième siècle de l’ère universelle et était venu à bout du mystère de l’éther ! Et toutes les limites métaphysiques venaient alors de s’envoler, laissant la place à des inventions sorties tout droit d’un univers utopique

Un roman avant-coureur brillant, au style d’écriture bien différent de ce qui peut se faire de nos jours…

Déjà, j’ai été frappé par cette couverture bleue nuit dont l’ambiance interpelle par ses quelques touches de steampunk. Elle offre aussi une toute nouvelle jeunesse à ce récit qui va fêter son premier siècle d’existence dans quelques années à peine ! Et c’est en cela que j’ai toujours un peu peur de mettre le nez dans des classiques ou des romans anciens, avec une plume un peu décalée par rapport à notre époque. Le fond comme la forme ne composent pas parmi les préceptes d’aujourd’hui, avec une histoire bâtie pour mettre en haleine et tenir son lecteur, ici, on se retrouve dans un texte débordant d’idées. L’imagination de l’auteur paraît sans limite tellement il enchaîne tant de concepts novateurs et d’événements. La technologie est au centre du récit, avec des inventions et des réalités qui demeurent bien éloignées de ce que l’on vit actuellement. Mais il décrit tout de même, avec une grande efficacité, toute l’histoire qui se déroule entre la parution de l’ouvrage et le moment où vous lisez ces lignes, et bien après encore. C’en est même parfois déroutant.

Ce récit est en décalage complet avec mes lectures habituelles, et j’avoue avoir eu du mal à me lancer et à me maintenir dans cette histoire. Il y a là une profusion d’idées telle qu’il faut prendre le temps de bien tout assimiler avant de passer à la suite, bien qu’il soit impossible de tout se remémorer ! C’est vers la milieu du roman que j’ai commencé à ne plus éprouver de difficultés à la lecture, et où j’ai commencé à me familiariser avec le style d’écriture et les pensées de l’auteur. Même si ce dernier va parfois un peu loin, on imagine un peu mal les causes de l’avenir incertain qui nous attend et qui est dépeint dans son roman. Ce sont des événements troublants et loufoques qui peuvent provoquer des crises locales puis planétaires. Tout est possible, c’est vrai, et la réalité dépasse souvent la fiction !

Il y a des personnages tout aussi intéressants que cette histoire, avec le savant Avérine, qui s’avère être un cliché du chercheur et qui a mis au point un système capable de fonctionner avec l’éther. Mais son invention, pouvant interagir avec la matière, pourrait tout aussi bien être détournée et utilisée à des fins néfastes, ce qui lui fait craindre le pire. Son disciple, Harrisson, est dans la même optique que son maître, à savoir protéger cette invention des intentions indélicates tout en prônant la paix dans le monde. Mais, étrangement, il poursuit lui aussi des recherches sur un mystérieux système capable de stériliser l’humanité toute entière… Il y a tellement d’idées nouvelles, qui prennent pour appui une autre invention, développée par delà cet hypothétique futur, que l’on s’éloigne bien vite des sentiers battus. C’est une lecture dépaysante et à la fois très humaine – aux quelques propos frôlant et dépassant certaines limites selon les mœurs d’aujourd’hui – qui nous apporte beaucoup de détails sur l’être humain et ses agissements, avec tout de même beaucoup de sueurs froides !

Ma note : 4/5

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