Le Roi des Fauves, de Aurélie WellensteinPoussés par une famine sans précédent, trois amis, Kaya, Ivar et Oswald, prennent le risque de braconner sur les terres de leur seigneur, mais son fils les surprend. Au terme d’une lutte acharnée, ils laissent le noble pour mort.
Capturés et jugés pour tentative de meurtre, les trois amis sont condamnés à ingérer un parasite qui va les transformer en « berserkirs ».

Au bout de sept jours de lente métamorphose, ils seront devenus des hommes-bêtes, et leur raison s’abîmera dans une rage inextinguible. Le temps de cette transformation, ils sont enfermés dans Hadarfell, un ancien royaume abandonné, dont le passé et l’histoire ont été engloutis par le temps…

Scrineo – 288 pages – 16,90 euros.

Un roman de fantasy qui m’a propulsé dans un univers de chaos et de monstruosité !

Je poursuis ma lecture des romans de Aurélie Wellenstein. Très récemment, j’ai lu et chroniqué Le Dieu Oiseau, un roman génial, quoique légèrement horrifique sur les bords ! Bon, face à cette lecture, je dois dire qu’Aurélie demeure sur le même ton. Toutes ces histoires d’accusation de meurtre et de parasites qui vont transformer les présumés coupables en monstres m’ont donné l’eau à la bouche. Oui, je sais, c’est glauque, mais j’adore ! 😀

Ivar quitta la forge alors que le brouillard embrumait l’horizon. Il se dirigea vers les étroites ruelles de la ville. Pour combattre le froid impétueux, il souffla dans son col. À cette heure matinale, le bourg dormait encore, le moment était idéalement choisi pour s’en aller sans attirer l’attention. Par précaution, il longeait les murs en prenant soin de dissimuler son arc et ses flèches. Il se demandait si ses amis avaient réussi à dormir, eux qui pensaient sans arrêt à leur projet insensé. Quand Ivar s’était levé, il songeait à en parler avec son père, mais pour ne pas l’inquiéter davantage, il préféra s’abstenir. Ce projet restait donc confidentiel, entre lui et ses deux amis. Ivar se sentait préoccupé, si bien qu’il appréciait la solitude de cet instant. Devant ses amis, il allait devoir masquer ses émotions pour paraître en pleine forme, pour mener à bien leur projet.

Ivar passa devant la boutique de l’herboriste, mais n’y trouva personne. Oswald devait être déjà parti, ou bien se cachait. Le jeune homme marcha plus vite, sa nervosité ne faisait que croître. Un dilemme sommeillait en lui. Mettre au courant son père aurait été la meilleure chose à faire, mais il le surprendrait ce soir, une fois l’action accomplie. Il ne se démonterait pas et assumerait ses responsabilités. À dix-sept ans, il était désormais en âge d’agir comme son père le ferait, comme un adulte responsable. Son père avait sacrifié beaucoup pour lui, alors il lui paraissait évident de lui rendre la pareille. Arrivé sur la place du marché, quelques artisans ouvraient déjà leurs volets pour dévoiler leurs boutiques. Il avait l’impression qu’il pouvait se faire remarquer à cause de la bosse qui ressortait au-dessus de son épaule. Son arc ne passerait pas inaperçu pour un œil avisé. Le dos droit, il décida de traverser la place, pour retrouver ses amis.

Des êtres infâmes qui méritent la pire des sentences s’incarnent dans cette histoire sordide et tragique !

Violente et éprouvante. Cette histoire m’a bouleversé de fond en comble, m’a chahuté et m’a fait vivre des scènes intenses. Il n’y a rien de pire que l’injustice pour me faire sortir de mes gonds. Forcément, ici, on est en plein dedans, chose à laquelle je m’attendais à la vue de la quatrième de couverture. Et, sinon, sans ça, ce ne serait pas drôle ! De ce fait, l’intensité émotionnelle de ce texte est déjà immense dès les premiers chapitres. J’ai déjà eu envie de rentrer dans cette histoire pour mettre les choses au clair avec un certain jeune seigneur. Qui est-il pour juger de ce qui est bon ou mauvais face à des personnes dont il ne connaît rien ? Car oui, pour Ivar, Kaya et Oswald, la vie n’est pas simple. Ils cherchent sans cesse à manger, la famine les ronge et leurs familles ne parviennent plus à subvenir à leurs propres besoins vitaux. Tous trois ont esquissé un projet insensé. Celui d’aller chasser sur des terres qui ne sont pas les leurs…

Je vous laisse imaginer la suite des aventures. C’est une histoire qui a su me captiver dès le départ. Il faut dire que la plume d’Aurélie tranche dans le vif pour en faire ressortir l’essentiel. Elle écrit de façon claire, alors c’est un pur bonheur pour rentrer en plein cœur de ses récits ! Mais derrière l’apparence des mots se dissimule bien des émotions. Joie et bonheur sont venus côtoyer la tristesse et la haine. C’est un roman qui ne laisse pas indifférent, et c’est ce que j’adore dans la lecture. Ça prend aux tripes, ça les retourne dans tous les sens. Même si je ressors de cette lecture un peu chamboulé, et quelque peu outré, ce sont des aventures qui resteront marquées. Les idées sont excellentes, et ce parasite capable de changer des êtres humains en monstres est cruelle. Il y a deux parties dans ce roman, une première qui met en scènes les trois personnages principaux sous leur forme normale, humaine, puis ce qu’il advient d’eux une fois le parasite inoculé. Cette seconde partie est effroyable, mais tellement magnifique !

J’aime quand c’est glauque et déroutant ? Oui, c’est certain ! C’est pour cela que j’ai été conquis par ce roman. En tout cas, pour se mettre dans l’ambiance des fêtes d’Halloween, c’est idéal. Le monde va changer pour Ivar, Kaya et Oswald. Des sentiments contradictoires vont naître en eux, et leurs relations vont profondément évoluer. Il y a ce côté psychologique vraiment terrifiant. Savoir que le parasite peut prendre votre place dans votre propre corps peut vous empêcher de dormir ! À l’affût de la moindre modification corporelle, du moindre changement dans leur personnalité, ils se sentent menacés au plus profond d’eux-mêmes. Mais leur salut pourrait bien provenir d’une vision. Le Roi des Fauves les a appelés à lui rendre visite. Lui seul pourrait bien faire cesser leur transformation. Cet être énigmatique va hanter leurs pensées et leurs décisions. Dans ce monde nouveau dans lequel ils sont amenés à vivre, d’autres berserkirs – nom donné aux humains transformés en monstres – vont vouloir leur peau.

L’horreur est partout et règne en maître. La peur au ventre, ils vont devoir s’unir, alors qu’ils devraient plutôt se séparer pour éviter de s’entre dévorer dans un accès de rage incontrôlable…

Ma note : 5/5

Quentin

Blogueur littéraire

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Chroniques audiovisuelles, escapades culturelles et chroniques littéraires des littératures de l'imaginaire : Science-fiction, Fantasy et Fantastique - SFFF.

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