Le Dieu Oiseau, de Aurélie WellensteinUne île. Dix clans. Tous les dix ans, une compétition détermine quel clan va dominer l’île pour la décennie à venir. Les perdants subiront la tradition du « banquet » : une journée d’orgie où les vainqueurs peuvent réduire en esclavage, tuer, violer, et même dévorer leurs adversaires.
Il y a dix ans, Faolan, fils du chef de clan déchu, a assisté au massacre de sa famille. Sauvé par le fils du chef victorieux, Torok, il est depuis lors son esclave et doit subir ses fantaisies perverses.
Enfin, la nouvelle compétition est sur le point de commencer. L’occasion pour Faolan de prendre sa revanche.
Sa vengeance aura-t-elle le goût du sang ?

Scrineo – 336 pages – 16,90 euros.

Un roman de fantasy exceptionnel, empli de noirceur et d’une intensité folle !

Le Dieu Oiseau est un roman que je me devais de lire. Après avoir adoré d’autres écrits de cette auteure, je ne pouvais passer à côté de cette histoire dont on m’a souvent vanté les mérites. Les Loups Chantants avaient été pour moi une lecture particulière, tellement cet écrit est riche en émotions ! Plus récemment, c’est le roman Mers Mortes qui m’a ému, par ses scènes fortes en lien avec notre planète et l’environnement.

Faolan contemplait le ressac des vagues. Leur grondement emplissait sa tête, alors que le vent jouait avec ses cheveux tout en sifflant dans ses oreilles. Le sable volcanique, porté par les mouvements de la marée, glissait sous ses pieds. Le fracas de l’eau couvrait jusqu’au bruit des mouettes. Une drôle de sensation envahit Faolan. L’air se chargeait d’électricité, un orage n’allait pas tarder à éclater. Mais il y avait pire que les conditions climatiques à venir. Faolan fixait Torok des yeux. Ce dernier venait de s’élancer il y a quelques instants, et déjà il devenait difficile de le percevoir dans ce déchaînement des éléments marins. À un moment, une vague eut raison de lui, l’emportant pour qu’il puisse émerger de nouveau, maintenant son crawl avec rythme. Rien ne pouvait le perturber dans son entraînement. Tout ce que Faolan désirait, c’était qu’il soit aspiré par les profondeurs pour ne plus jamais en ressortir.

L’eau froide atteignit les chevilles de Faolan. Il recule dans un frisson. Il n’avait que trop peu de vêtements sur lui pour l’aider à combattre la fraîcheur ambiante. Le vent gonflait parfois les pans de sa tunique, dévoilant son ventre creusé par la famine. Sur ses flancs, d’anciennes blessures cicatrisées marquaient sa peau. Tout en observant Torok se battre contre les vagues, Faolan marchait le long de la grève. Ils étaient accompagnés de deux bouquetins, qui faisaient office de monture pour se déplacer. Ils patientaient sans demander leur reste, habitués à ce que leurs maîtres s’entrainaient pendant de longues séances. Faolan courait pendant que Torok nageait. Il se sentait libre de ses mouvements dans ces moments là, il oubliait presque qu’il était sous la coupe de son maître. Autrefois, il vivait libre, dans son clan d’origine. Depuis dix ans, sa vie avait pris une toute autre tournure en devenant l’esclave de Torok.

Une histoire aux multiples personnages détestables et haineux, qui ne peut laisser indifférent !

Comment dire ? Une histoire de dingue, couplée avec des personnages, ma foi, dingues également ! Cela me fait du bien de me replonger dans la plume de cette auteure. Je sais que je ne suis pas déçu par ses récits, mais là, c’est du haut vol. Bon, il faut parfois avoir le cœur bien accroché pour ne pas sombrer dans les abysses de la noirceur. Certaines scènes sont interdites aux jeunes, et comme cette histoire ne serait rien sans ces scènes, il est évident que ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains ! C’est sanglant, violent, et je me souviens de la plus forte scène de ce roman. Je l’ai lue un matin dès mon réveil, j’en ai eu des sueurs froides tellement les mots m’ont percuté avec avidité. Voilà qui en fait un argument de taille ! Je me suis très vite retrouvé plongé dans cette intrigue, grâce à la puissance de cette plume et au réalisme saisissant des descriptions et des actions.

Autrefois libre et devenu esclave, Faolan incarne le personnage principal du roman. Il dispose d’une puissance de caractère exceptionnelle qui va le propulser au-delà de toutes ses espérances, même si ses ambitions sont déjà immenses. Combattre son maître, Torok, lors d’une mise à l’épreuve qui se déroule une fois tous les dix ans, dans lequel chacun peut prendre place, sans aucune condition. L’occasion idéale pour Faolan de s’affranchir de son statut d’esclave. Mais, comme le montre les premières scènes du roman, Faolan ne possède pas de bonnes capacités physiques. Amaigri et mal en point, il va devenir difficile pour lui de s’entraîner et de se faire une place dans ce monde de brutes épaisses ! Car rien ne va dans son sens, tout semble se ruer contre lui pour le faire défaillir…

Le Dieu Oiseau est un roman vivace et puissant. Une lecture qui se dévore, à défaut de pouvoir faire autrement. L’intrigue porte en elle tous les éléments qui font d’elle une grande parmi les grandes. Un suspense qui va grandissant, un personnage meurtri auquel on s’attache, de belles rencontres en cours de route, des destins tragiques et une haine implacable qui alimente les desseins les plus fous. Les sentiments humains mis en lumière dans ce texte ne sont pas les plus cléments, c’est une certitude. Mais ce roman fait du bien, il permet de se défouler, de se rendre loin de son quotidien pour partir dans un univers où rien n’est simple et où se battre est obligatoire. Cet univers est riche, avec ses clans, ses banquets et sa religion omniprésente à cause d’un passé sombre. Un passé inoubliable, répété sans cesse pour que la population sache. Que cela peut se produire à nouveau, que la noirceur du monde n’est rien comparée à ces moments horribles…

Ma note : 5/5

Quentin

Blogueur littéraire

A propos de l'Auteur

Chroniques audiovisuelles, escapades culturelles et chroniques littéraires des littératures de l'imaginaire : Science-fiction, Fantasy et Fantastique - SFFF.

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