Le cirque interdit, de Célia Flaux Depuis son accession au pouvoir, le Parti Zéro Risque a réussi à améliorer la sécurité et la santé des Français, mais à quel prix ?
Solitaire et discrète, la jeune Maria est promise à une brillante carrière dans le milieu des assurances, particulièrement prisé dans ce monde aseptisé. Son avenir semble tout tracé et pourtant la jeune femme ne peut s’empêcher de se tourner vers le passé. Elle décide d’infiltrer le dernier cirque de France afin de lever le voile sur les mystérieuses circonstances du décès de ses parents, alors qu’elle était encore enfant. Là, elle rencontre Mathieu, qui ne vit que pour le cirque et les lumières de la scène. Tiraillée entre son ambition professionnelle, son besoin de connaître la vérité et ses nouvelles affinités avec les membres du cirque, Maria se retrouve prise au piège et happée par un conflit qui la dépasse.

Scrineo – 254 pages – 16,90 euros.

Un premier roman entre dystopie et anticipation qui nous plonge dans les travers de la sécurité et des libertés humaines…

Je vous présente ma seconde chronique en tant que membre du Club des Lecteurs Scrineo ! J’ai sélectionné ce roman pour son côté politique, dans un univers où le cirque prend une place prépondérante. Je ne suis moi-même pas très fan de ce type de manifestation, mais la quatrième de couverture m’a fortement attiré ! J’avais un peu peur que beaucoup de scènes tournent autour du cirque en lui-même, sans pour autant se détacher de ce thème. Mais ce roman a dépassé toutes mes attentes, et c’est une histoire chargée de dystopie que j’ai découvert

Au Bois de Boulogne, à Paris, se dresse fièrement un chapiteau jaune et bleu. Le monde qui s’affaire autour de cette bâtisse éphémère n’est pas sans rappeler le succès que le cirque rencontre. La foule se masse dans les queues, pour obtenir leur précieux sésame, qui les fera entrer dans un tout autre monde que leur impose le quotidien routinier. Mais certains futurs spectateurs ont la malchance d’être enrhumés, ce qui leur vaut la chance – et même l’obligation – de porter un masque de protection, sécurité oblige, au sein du cirque mais même partout à l’extérieur. Se tenant au côté de Maria, Pierre-Alexandre, son tuteur, n’est pas de l’avis de cette jeune fille qu’il a pris sous son aile. Elle désire travailler, et s’est mise en tête d’obtenir le poste de secrétaire que propose le cirque fraîchement installé. Mais son tuteur lui préfère la poursuite de ses études, qui lui vaudrait un bien meilleur avenir.

Installés dans les gradins du chapiteau, Pierre-Alexandre et Maria discutent, ce qui a eu le don d’agacer un de leurs voisins. Le spectacle débute, et les trapézistes font leur entrée, jouant de leur numéro comme les professionnels aguerris qu’ils sont. Mais alors que l’un d’eux tente un tour des plus délicats, il s’élance dans le vide et tente de saisir les mains de son coéquipier, mais sans succès. Il va tomber, sous les yeux effarés des spectateurs, avant de rebondir sur le filet de sécurité disposé au dessus du sol. Ce trapéziste, confronté à son erreur, se prénomme Mathieu, et sa mère a tout de suite accouru dans les coulisses pour venir aux nouvelles. Mais cette vie commençait à agacer le jeune homme, qui rêvait de partir à l’étranger, sous les conseils avisés de son grand-père, le grand et célèbre Vazatta.

Une intrigue haletante, parfois bouleversante, dans un monde où se battre est le quotidien de ceux qui expriment une passion à risque…

Alors là, j’ai été soufflé. J’avais des espérances et des idées préconçues avant même d’ouvrir ce livre, mais je n’étais pas préparé à ce que j’allais découvrir lors de cette lecture. Je n’avais pas saisi le concept politique, énoncé dans la quatrième de couverture, avec autant de largesse d’esprit. Je pensais le cirque prédominant, mais c’est une véritable osmose qui s’est opérée, comme si le cirque était là pour sublimer la dystopie que Célia Flaux nous offre. Et puis, quoi de mieux que de représenter des artistes de cirque, lorsqu’il s’agit d’évoquer le problème de la sécurité française ? Ils ont un métier des plus périlleux, et les accidents ne sont pas rares. Mais ce choix n’a pas été fait par dépit, et on le ressent parfaitement, tout est parfaitement limpide, fluide et romancé avec soin !

Je dois dire que ce livre est une belle découverte, et même une très belle réussite, surtout lorsqu’il s’agit d’un tout premier roman ! J’ai trouvé que les descriptions et les décors étaient rédigés avec passion, idéal pour nous retransmettre les images avec netteté. Mais ce n’est pas sans parler des personnages, et surtout des émotions qui transparaissent au travers des mots. Évidemment, Maria, – de son vrai nom Kamaria Fratel – notre illustre personnage principal, est dotée d’une personnalité distincte des autres, où ses faiblesses et ses peurs sont mises en avant. La composition du roman fait alterner deux points de vue, celui de Maria, mais aussi de Mathieu, qui est notre second protagoniste principal. Il est l’opposé de Maria, peu craintif et avenant, même si ses actes peuvent être mal interprétés, c’est un jeune homme plein d’ambition et de talent dont l’avis des autres ne laisse pas indifférent.

Le Cirque Interdit est une histoire qui incite à la réflexion, avec des sujets parfois difficiles à aborder. Faut-il sacrifier son goût de la vie et sa passion au nom de la sécurité, et ainsi sacrifier toutes les ambitions d’un pays ? C’est dans une véritable dystopie que l’auteure nous plonge, où le Parti Zéro Risque était en tête des bulletins de vote, et a pu acquérir un pouvoir décisionnel dans l’hexagone, réduisant la mortalité grâce à ses actions détonantes. Il devenait alors obligatoire de souscrire à une assurance, dont les clauses, douteuses et minutieuses, interdisaient toutes les activités à risque, réduisant à néant toute liberté pour les plus téméraires et les amoureux de la vie. Mais c’est dans ce contexte que le cirque Vaz a tout tenté pour survivre, alors qu’ils ne pouvaient aucunement signer un contrat à l’Assurance, la seule et unique de France au moment où la loi imposait de se protéger. Ils ont créé leur propre entreprise de protection, et le bras de fer entre le géant de l’assurance et ce nouveau venu allait provoquer bien des drames, mais à quel prix, celui de la sécurité ? Les illusions ne sont jamais bien loin, tout comme les révélations, qui pourraient bien tout changer

Ma note : 5/5

 

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Quentin

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