Le chant mortel du soleil, de Franck FerricIl s’appelle Araatan, il est le Grand Qsar. On le surnomme la Montagne car il est haut comme deux hommes, large comme un auroch. Le destin de ce géant est de mener son peuple de cavaliers sur la route de la Toute Fin : achever l’extermination totale des dieux. Une seule divinité a survécu à leur déicide : celle de la cité d’Ishroun. Pour abattre les murailles d’Ishroun et éteindre le culte de la Première Flamme, Araatan se donne un an.

Elle s’appelle Kosum. Née esclave, elle était la meilleure dresseuse de chevaux des plaines. Pour avoir tenté de castrer le fils de son maître, elles a été enchaînée nue à une tour pleine de morts. Alors qu’elle attend résignée le baiser mortel du gel, quatre cavaliers la délivrent. Ces hommes durs retournent auprès du Grand Qsar.

Kosum, qui croyait mettre un pied dans la guerre, va entamer un tout autre voyage.

Albin Michel Imaginaire – 380 pages – 21,90 euros.

Un peuple guerrier dont l’objectif est de parvenir à la Toute Fin, là où tous les dieux seront exterminés…

Je tiens à remercier les éditions Albin Michel Imaginaire pour l’envoi de ce roman. Cette publication d’un auteur français donne fortement envie. La quatrième de couverture ouvre un univers où presque tous les dieux ont été décimés, mais il n’en demeure qu’un dernier, un ultime survivant que le Grand Qsar va devoir combattre. Le mystère plane, surtout lorsque Kosum fait son entrée en scène, simple esclave qui ne connaît encore rien de ce qui l’attend…

Nud s’affairait à sangler sa jument au niveau du ventre. Elle réalisait sa tâche en prenant soin de se tenir le plus éloigné possible des flancs de l’animal. Ce n’était pas la grande forme, rien qu’à apercevoir la morve qui s’écoulait de son nez. L’esclave avait des gestes brusques, en plus d’afficher un air désaprobateur, elle se sentait en colère. La veille, la même opération lui avait valu de se retrouver au sol dans une posture des plus inconfortables. Heureusement pour elle, elle était parvenue à s’en sortir sans égratignure, ce qui n’était pas forcément le cas de tout le monde. Elle connaissait bien les paroles qui circulaient, de ces personnes qui finirent estropiées à cause d’une bête un peu agressive. Elle aurait voulu par dessus tout donner quelques coups de trique à cette jument, plutôt que de la gâter d’une douceur dont elle n’avait jamais bénéficié.

Quelques pas derrière Nud, Kosum l’observait avec attention. Le moindre faux pas ne serait pas toléré, pas sous ses ordres. Et Kosum n’était guère connue pour sa patience légendaire. Nud venait d’un monde où elle savait fort bien qu’il fallait des maîtres pour commander, partout et tout le temps. Elle était faite pour obéir. Une fois que Nud eut réussi à fixer l’assise à la jument, elle chercha le regard de Kosum pour obtenir une réponse quant à la qualité de son travail. Kosum était une sukaj, plus âgée de dix ans par rapport à Nud. Elle avait le visage balafré par une tâche qui rendait sa peau plus pâle. Ses mains avaient sûrement dû manier l’enclume plus que de raison. Kosum savait pertinement que pour progresser, elle allait devoir travailler dur et se battre sans cesse. Jamais elle ne ferait comme celles qui se contentent de coucher pour obtenir des faveurs, elle était une sukaj, et elle avait encore une fierté.

Une histoire au background impressionnant, affublée de cités et de peuples, de croyances et de personnages mystérieux…

Ce roman est exceptionnellement bien construit au niveau de l’intrigue. Je m’attendais à une écriture plus accessible, surtout lorsque j’ai appris que cet auteur était français. Mais non, le langage est soutenu et nécessite de la concentration pour entrer pleinement dans l’histoire sans en rater une miette. Passé ce temps d’acclimatation, cela devient plus facile de comprendre tous les enjeux et de se lancer dans cette aventure où être un dieu est un danger mortel ! Le Grand Qsar, un Montagnard d’une taille plutôt très convainquante, règne sur les montagnes et se sent épris d’une mission, celle de tuer tous les dieux pour conduire le monde à la Toute Fin, cette période de l’histoire qui marquera la fin de toute religion. D’habitude, les Montagnards demeurent chez eux, à piller sans relâche les peuples des Plaines en leur réclamant des richesses pour éviter d’abattre sur leur ville l’Avalanche, qui n’est rien d’autre que leur courroux vengeur ! C’est la cité de Ishroun qui en pâtit, et vient le moment où ils ne veulent plus payer leur dû au peuple des Montagnards…

Le suspense et la tension entre les Montagnards et la ville de Ishroun grimpe en flèche après une courte étape d’introduction dans l’intrigue. C’est à ce moment que je suis entré dans l’histoire. L’ambiance qui y règne n’est pas chaleureuse. Certains personnages disposent de caractères forts et d’une témérité extrême, ils n’en démordent jamais de pourrir la vie de quelques autres. C’est surtout les esclaves comme Kosum qui vont en subir les affres violents et misogynes. Malgré son courage, elle va devoir prendre sur elle pour survivre dans ce monde d’hommes jusqu’à tomber sur une équipée plus humaine et ouverte d’esprit. Araatan est le Grand Qsar, et sa route va croiser celle de Kosum, dont la vie va changer après quelques paroles. Son statut ne sera plus le même et va grandement évoluer. J’adore toute cette maturité que prennent les personnages, en fonction des événements qui viennent perturber en bien comme en mal leurs existences.

J’ai été agréablement surpris par le background de ce roman, qui profite d’un univers dense et imposant en terme de peuples, de rituels et de croyances. Ils ont aussi leurs habitudes, leurs signes distinctifs et certains ont même une gestion habile de leurs troupes au combat. Rien n’est laissé au hasard, et la virée dans certaines villes demeure mémorable lorsqu’un ancien vient à la rencontre des gens de passage pour leur expliquer en quoi un simple objet est source de mystère et de croyances… C’est tout ce qui tourne autour de l’intrigue principale qui vient aussi agrémenter la lecture et l’enrichir. J’ai beaucoup aimé les descriptions et la qualité des explications, mais peut-être y en a -t-il de trop, à tel point que je me suis senti noyé sous les informations parfois. Le style d’écriture, peu abordable, n’aidant pas, il m’a fallu revenir sur certains passages. Le Chant Mortel du Soleil développe tout un univers de croyances, tout en étant au cœur d’un drame qui va beaucoup plus loin que la perte de tous les dieux qui ont façonné le monde, jadis…

Ma note : 3,5/5

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