Dragon, Thomas DayBangkok. Demain.
Le régime politique vient de changer.
Le dérèglement climatique global a enfanté une mousson qui n’en finit plus.
Dans la mégapole thaïlandaise pour partie inondée, un assassin implacable s’attaque à la facette la plus sordide du tourisme sexuel. Pour le lieutenant Tannhäuser Ruedpokanon, chargé de mettre fin aux agissements de ce qui semble bien être un tueur en série, la chasse à l’homme peut commencer. Mais celui que la presse appelle Dragon, en référence à la carte de visite qu’il laisse sur chacune de ses victimes, est-il seulement un homme ?

Le Bélial – 160 pages – 8,90 euros.

Une novella exceptionnellement immersive qui traite d’un sujet aussi sensible que complexe !

Je suis ravi de pouvoir continuer ma lecture de cette collection Une Heure Lumière. Avec Dragon, j’enchaîne sur une lecture un peu particulière, où l’imaginaire n’est pas le genre préférentiel de cet ouvrage. Le sujet est brûlant, et la façon de l’aborder m’a agréablement surpris.

Tann Ruedpokanon boit tranquillement son Coca light au Casanova, un bar à ladyboys.  Il exerce dans la police touristique et ses pensées se tournent vers les exigeantes de sa profession, aussi bien que vers sa petite amie, Pearl. Il regarde les danseuses sur l’estrade, notant bien quelques détails qui ne lui échappent plus désormais. Mais une décision s’impose à lui. Il a décidé de quitter Pearl, et doute encore de la façon dont il va lui annoncer. C’est à ce moment que son téléphone se mit à sonner. C’était son supérieur. Keng Sawadikkul. Il se rend alors dans les toilettes pour ne plus être dérangé par la forte musique qui règne dans l’établissement. Il y trouve un jeune Thaï qui se poudre le nez. Très probablement drogué, Tann lui décoche un coup dans la hanche pour le sortir des sanitaires.

Keng venait informer Tann d’une nouvelle affaire. Une fusillade avait eu lieu dans un bordel temporaire à Soi Pramot 3. Il y avait là plusieurs morts dont un touriste, et c’est bien cela que les autorités ne voulaient jamais avoir à gérer sur leur territoire. Tann pensait devoir se rendre sur place, mais ce n’était pas nécessaire. La section homicides, ainsi que les experts étaient déjà sur place. Keng voulait simplement que Tann ouvre ses yeux. Qu’il sache ce qui se tramait en ville, et qu’il tente le tout pour le tout pour que cela ne se reproduise plus

Une intrigue qui prend aux tripes et ne lésine pas sur les mots pour mettre des images sur des actes horribles…

Cette novella est terriblement violente, autant sur le sujet abordé que sur cette fin incroyable. Cette dernière porte à réflexion et remet en question le fondement même de toute cette lecture. C’est une fin qui achève le récit en beauté, et qui met en lumière des événements et les décisions de toute une vie. Sincèrement, j’ai dû relire quelques passages du final pour bien comprendre tous les propos de l’auteur, et cela m’a permis d’enchaîner sur des découvertes et sur des liens qui se font entre quelques chapitres. Cette novella a quelque chose de bouleversant, et mes pensées convergent encore vers cette lecture, même quelques heures après l’avoir terminée.

C’est rare qu’un récit prenne autant d’importance. Je mets ça sur le compte du final, vraiment très bien amené, et sur l’empathie que j’ai ressenti pour un personnage détestable en apparence, mais qui s’avère être une personne de bien. Les personnages sont travaillés avec beaucoup de soin, même si j’ai eu un peu peur que leur nombre me submerge à cause de la liste des protagonistes qui prend place avant les premières lignes du récit.

La force de Dragon est incomparable. La plume de Thomas Day est impactante au possible. Il sait mettre les bons mots en face des images qu’il veut transmettre à son lecteur, et je peux vous dire qu’il réussit parfaitement. J’ai ressenti de la colère et même de la haine envers ceux qui perpétuent des atrocités sur les enfants. Cette novella se concentre sur la Thaïlande et le fameux tourisme sexuel qui y règne en toute impunité. Il y a une partie légalisée dans le pays lorsqu’il s’agit de personnages majeures, mais la pédophilie est encore bien trop présente.

L’auteur met d’ailleurs en avant des chiffres et des scènes percutantes pour que ses propos touchent son public. Ce dernier connaît bien son sujet, et n’hésite pas à l’approfondir au travers des traditions qui sont liées à des pratiques douteuses avec les enfants. Elles apparaissent comme des excuses que l’on sert, alors que depuis leur apparition, ces traditions ont perdu de leur superbe grâce à une époque plus évoluée humainement parlant. Thomas Day décrie aussi la position de la police, dans un pays où les vagues doivent être atténuées pour ne pas faire fuir les touristes, qui sont aussi la cause de beaucoup de maux. C’est dans cette ambiance lourde et glauque qu’un choix doit être fait pour sauver ce qui peut encore l’être. Des jeunesses innocentes sont brisées, qui jamais ne pourront se reconstruire…

Ma note : 4,5/5

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