Cogito, de Victor DixenUn don du ciel… Roxane, dix-huit ans, a plongé dans la délinquance quand ses parents ont perdu leur emploi, remplacés par des robots. Sa dernière chance de décrocher le Brevet d’Accès aux Corporations : un stage de programmation neuronale, une nouvelle technologie promettant de transformer n’importe qui en génie….ou un pacte avec le diable ? Pour les vacances de printemps, Roxane s’envole pour les îles Fortunées, un archipel tropical futuriste entièrement dédié au cyber-bachotage. Mais cette méthode expérimentale qui utilise l’intelligence artificielle pour « améliorer » la substance même de l’esprit humain est-elle vraiment sûre ? En offrant son cerveau à la science, Roxane a-t-elle vendu son âme au diable ? Demain, l’intelligence artificielle envahira toutes les strates de la société. L’ultime frontière sera notre cerveau.

R Jeunes Adultes – 538 pages – 19,90 euros.

Un roman qui résonne comme un combat millénaire entre les intelligences artificielles et le cerveau humain…

Je n’avais encore jamais lu de roman de Victor Dixen, cet auteur qui est passé de l’ombre à la lumière il y a peu de temps grâce à sa saga Phobos. Je l’ai souvent vu passer sur les réseaux sociaux, avec des avis toujours très positifs et enjoués. Mais je ne voulais pas commencer Phobos, peut-être par crainte de ne pas apprécier. C’était l’occasion de débuter par ce one-shot qui s’oriente vers les robots et les intelligences artificielles, avec des sujets qui me touchent ! 😛

Édouard Delaunay se tenait face à Roxane. Il lisait avec attention son carnet de correspondance. Roxane ne possédait pas de bonnes appréciations, et elle en payait les conséquences. Ses professeurs faisaient la tête et se morfondaient devant cette motivation qui frôlait le néant absolu. Le pire se situait dans le regard de son père, éperdu dans l’alcool qu’il consommait à outrance. Le mépris qu’il éprouvait malgré son état mettait sa fille mal à l’aise. Il lui fallait obtenir son BAC, sans quoi elle serait promise à un futur sans aucun avenir. Sauf que cette fois, ces quelques mots désagréables inscrits sur son carnet allaient modifier profondément le cours de son existence. Le monde avait fort bien changé avec l’avènement des technologies robotiques. Les robots travaillaient sans peine, peu importe la tâche qu’on leur demandait d’effectuer. Et, peu à peu, ils s’étaient mis à supplanter les êtres humains…

Il devenait désormais compliqué de dénicher un travail, alors imaginez un peu dans le précieux BAC en poche. BAC pour brevet d’accès aux corporations. La disparition des universités promouvait davantage le lycée, après lequel la fin des études sonnait. Les corporations prenaient ensuite le relai pour former leurs futurs employés à des postes bien spécifiques. Le BAC se durcissait chaque année, avec des chiffres de taux de réussite en chute à chaque fois. Les médias adoraient prévoir et commenter ces statistiques. Les parents de Roxane avaient vécu une galère monstre avec l’arrivée de la robotique. Eux qui exerçaient en tant qu’experts-comptables auparavant, leur situation s’était écroulée. La loi imposait aux entreprises de trouver un autre travail à ses salariés dès lors qu’un robot, ou une intelligence artificielle, venait prendre leur place. C’était ainsi qu’ils finirent à la rue, à ramasser les déchets laissés derrière les robots nettoyeurs, dont la fiabilité laissait parfois à désirer…

Une intrigue pleine de protagonistes authentiques, d’émotions farouchement humaines et de machines sans âme !

Formidable de créativité et de réflexions, ce roman est une mine d’informations dans tous les sujets qu’il met en avant, et il y en a un certain nombre. Le cerveau humain, avec ses découvertes, la robotique, les intelligences artificielles et leur avènement, où se joue toute la difficulté de créer et de différencier une intelligence artificielle forte, consciente d’elle-même, d’une faible. Les rêves lucides font également une courte incursion, chose qui me plaît beaucoup, surtout si vous suivez les publications du blog ! J’ai adoré toute la première partie de l’histoire, basée sur des explications et une mise en place de l’intrigue, qui peut paraître un peu longue avant le premier élément perturbateur, mais qui m’a semblé nécessaire pour créer un univers détaillé et intéressant en vue d’y mener une intrigue plus poussée et dynamique par la suite. J’ai été tellement pris par ma curiosité personnelle que cette lecture ne m’a pas ennuyée outre mesure.

Victor Dixen a cette capacité de raconter avec passion. Il a l’écriture dans la peau, tout autant que cette volonté de partager du savoir tout en faisant rêver. Ce que je considère être le summum de la création artistique. Et même ce dernier aspect est primordial dans son roman au travers du personnage de Roxane. Elle écrit des haïkus, ces petits poèmes japonais qui permettent de capter et de retransmettre l’essence même d’une vision ou d’un message. C’est là que j’ai senti que l’art allait prendre une dimension grandissante au cours de ma lecture. Ai-je eu raison ou non ? C’est comme un combat millénaire, que l’on peut apparenter à une bataille interminable entre le paradis et l’enfer, où s’affrontent ici les machines et leurs intelligences, incapables de créer des œuvres douées d’émotions, alors que les êtres humains en sont doués naturellement. Mais dans cet univers où les intelligences artificielles dominent, ce sont ces dernières qui créent les films, les séries télévisées et les romans que tout le monde regarde et lit. Et comme pour parfaire le tout, ils sont capables d’intégrer votre propre visage dans toutes leurs œuvres audiovisuelles, pour personnaliser encore davantage chaque expérience…

Ce roman n’est pas qu’un livre au simple sens du terme. J’ai beaucoup apprécié le fait que cette lecture ait été ponctuée de plans et d’images, qui permettent de mieux visualiser et de se fondre dans le monde de Cogito. J’ai été tout de suite intéressé par les Îles Fortunées, créées par Damien Prinz, dirigeant de Noosynth, la société créatrice des intelligences artificielles qui a démultiplié leurs applications dans le monde quotidien. Les conséquences ont été nombreuses, avec évidemment une baisse notable des embauches humaines. Le travail humain venait d’être remplacé par des machines, et cette société commençait lentement et inexorablement à tendre vers le chaos du chômage et des crises identitaires. À quoi sert un être humain s’il ne peut rien faire, à part devenir l’auxiliaire d’un robot et faire toutes les tâches ingrates qu’il ne sait pas encore réaliser…

Cogito est lui aussi une machine, une machine qui génère des réflexions sur l’avenir de la robotique qui se développe progressivement dans notre vie. C’est avec beaucoup de références cinématographiques que l’auteur essaie de faire prendre conscience que ce sujet est d’une importance majeure. Qu’il est de notre devoir d’en prendre conscience et de se préparer à ce qui va arriver. Il y a toute une diversité de personnages dans cette intrigue, qui permet de se forger une opinion claire et précise sur les intelligences artificielles et leurs conséquences. Ce roman ouvre une piste utopique qu’il est possible d’explorer, dans laquelle l’humain et la création artistique sont capitales !

Ma note : 4/5

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