Cérès et Vesta, de Greg EganCérès d’un côté, Vesta de l’autre. Deux astéroïdes colonisés par l’homme, deux mondes clos interdépendants qui échangent ce dont l’autre est dépourvu — glace contre roche. Jusqu’à ce que sur Vesta, l’idée d’un apartheid ciblé se répande, relayée par la classe politique. La résistance s’organise afin de défendre les Sivadier, cible d’un ostracisme croissant, mais la situation n’est bientôt plus tenable : les Sivadier fuient Vesta comme ils peuvent et se réfugient sur Cérès. Or les dirigeants de Vesta voient d’un très mauvais œil cet accueil réservé par l’astéroïde voisin à ceux qu’ils considèrent, au mieux, comme des traîtres… Et Vesta de placer alors Cérès face à un choix impossible, une horreur cornélienne qu’il faudra pourtant bien assumer…

Le Bélial – 120 pages – 8,90 euros.

Une novella de science-fiction qui offre un beau panorama galactique !

Et allez, encore un de plus en moins ! Comme vous avez pu le remarquer, voici une nouvelle lecture signée de la collection Une Heure Lumière. J’ai déjà entendu parler de Greg Egan, c’est un auteur qui m’a pas mal intrigué, alors voilà l’occasion rêvée de découvrir son univers et sa plume. Au travers de sa novella Cérès et Vesta, me voilà parti à bord d’un récit qui mêle géopolitique et science-fiction.

Camille observait les étoiles depuis son cocon, patientant avant que la terreur ne la submerge. Elle devait rester en paix malgré tous les signaux qui s’acharnaient contre elle. Chaque minute qu’elle vivait éveillée gaspillait inutilement ses précieuses ressources. Elle risquait également de se faire tracer à cause de sa signature thermique. Elle pouvait se mettre en hibernation, mais elle voulait être sûre que sa sécurité était assurée. Elle attendrait qu’une première collision se produise. Si elle se détachait au moindre impact, il lui serait difficile de survivre dans cet environnement pendant son hibernation. Elle verrait bien. Néanmoins, en étant éveillée, si elle venait à se détacher, elle pourrait espérer rentrer sur Vesta à condition de ne pas être déjà trop loin pour l’atteindre.

Le cocon dans lequel elle était censée somnoler mesurait quelques centimètres de plus que sa combinaison. Construite dans une épaisse couche d’acrylique, elle ne percevait pas distinctement ce qui se passait dehors, malgré la transparence presque parfaite de sa visière. Des liens élastiques maintenaient Camille en place dans son cocon, lui-même fixé au pôle de rotation de ce cube de basalte de dix mètres de côté. Il tournait lentement, très lentement, si bien que lorsque Camille fixait une étoile pour la suivre des yeux, elle finissait par vagabonder dans ses pensées. Le moindre mouvement de sa part pouvait perturber la force centrifuge qui la faisait tournoyer. Elle évitait de se mouvoir. Elle bougea la tête, jusqu’à apercevoir Vesta. Combien de ses amis auraient le temps de mourir avant qu’elle ne parvienne à revoir ce monde ?

Une intrigue aux descriptions exemplaires, dans un contexte géopolitique complexe !

En ayant lu la quatrième de couverture, je me suis imaginé quelques scènes éventuelles, en plus de visualiser ce sublime décor mis en lumière par l’illustration d’Aurélien Police. Perdus au beau milieu de l’espace, Cérès et Vesta, deux astéroïdes proches que tout oppose coopèrent pour leur survie. Alors que l’un troque sa pierre, l’autre échange volontier sa glace pour récupérer les matériaux qui lui manquent. La vie s’est ainsi organisée, mais un apartheid semble pointer le bout de son nez sur Vesta. Lors de la colonisation de Vesta, certains ont eu l’intelligence de mener les opérations grâce au commerce de leurs idées, permettant ainsi d’optimiser la mise en place d’un nouveau monde sur un astéroïde. Sauf que, quelque temps après, ce passé opportuniste ne plaît pas à tout le monde, et la classe politique va finir par s’en mêler. D’une vie paisible, Camille, descendante de la famille Sivadier, va subir les affres de la population, en plus de devoir subir des pressions croissantes et de plus en plus dangereuses. Camille est un parasite, et tout le monde la fuit. Pour elle, son quotidien va devenir un enfer…

J’ai été stupéfait par l’ambiance de ce récit, que j’ai trouvé un peu longuet lors de la première moitié de la novella. Une fois la mise en place de l’univers achevée, j’ai été emmené dans cette histoire aux multiples facettes, alors que la géopolitique pourtant saine entre Cérès et Vesta ne devienne un sujet de discordance à cause des Sivadier. Cérès est réputée pour son accueil et son indépendance, personne ne doit pouvoir lui dire qui elle doit accepter ou non. Sauf que Vesta, qui vient de voir partir un vaisseau en direction de Cérès, désire imposer ses ordres. Le suspense commence alors à croître, et j’ai eu envie de terminer ma lecture au plus vite. C’est parfait avec un texte court, d’ailleurs ! Les idées de Greg Egan font de ce récit une envolée vers un monde imaginaire totalement ahurissant. Il y a ces fameux surfeurs, dont je ne vous dirais pas grand chose pour ne pas vous gâcher la surprise, et tout ce qui gravite autour de ces deux astéroïdes. Tout cela me laisse de belles images en tête ! 😀

Ma note : 3,5/5

D’autres chroniques par ici : L’ours inculte, Un Bouquin Sinon Rien et Albédo !

Quentin

Blogueur littéraire

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Chroniques audiovisuelles, escapades culturelles et chroniques littéraires des littératures de l'imaginaire : Science-fiction, Fantasy et Fantastique - SFFF.

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