Boxap 13-07, de Amalia AnastasioDans un futur lointain.
La Terre n’est plus qu’une gigantesque ville, constituée d’impressionnants immeubles de béton de plusieurs kilomètres sans fenêtres.

Aïleen est une jeune femme ambitieuse qui gravit avec facilité les échelons de cette société. Elle a tout pour être heureuse, et pourtant, elle se sent en permanence frustrée. Lorsqu’elle prend ses fonctions dans un nouveau poste à responsabilité, elle découvre avec effroi que sa réalité n’est faite que d’univers virtuels qui cachent un monde extérieur sombre et impitoyable…

Scrineo – 368 pages – 16,90 euros.

Une histoire de science-fiction et d’anticipation qui s’inscrit dans la même veine effrayante que la série Black Mirror !

Je tiens à remercier les éditions Scrineo pour l’envoi de ce roman. Celui-là, c’était celui que j’attendais le plus dans le nouveau programme de publication des éditions Scrineo. Un univers futuriste et une quatrième de couverture alléchante qui sait demeurer mystérieuse, sans trop en dire, et qui a éveillé en moi bien des interrogations… Je m’attendais à ce que ce roman soit une petite merveille. Il est temps de rendre ma copie ! 😛

Au-dessus des cimes des arbres, la brume s’étalait en une couche contonneuse. Les premiers rayons du soleil faisaient briller les gouttes de rosée fraîchement déposées. Le chant d’un oiseau brisa la quiétude ambiante, puis un autre chant, un peu plus lointain. C’est alors qu’un jeune homme surgit en courant dans ce paysage. Il suait à grosses gouttes, et traçait sa route aussi vite qu’il le pouvait. L’oiseau chanteur avait décidé de cesser de donner de sa voix, préférant scruter du regard ce nouveau venu. Il s’arrêta à l’embranchement de la rivière, où il put reprendre son souffle quelques instants. Sur sa droite, toujours le même chemin, presque entièrement dissimulé dans la végétation. Ses pas le menaient ici, sans cesse, à chaque sortie dans la forêt. Il emprunta le sentier jusqu’à atterrir sur un rocher qui surplombait la vallée. Au premier abord, le bleu de l’océan ainsi que le cours d’eau en contrebas apparaissaient comme un délice de la nature. Mais en relevant davantage la tête, la vision tourna au cauchemar…

La terre était devenue grise, à perte de vue. Des tours de béton vertigineuses s’étendaient sur une telle surface qu’il devenait presque impossible de les comptabiliser. Toutes semblaient être là pour barrer le paysage et le façonner à leur image. Au-dessus de ces tours, il y avait des cheminées, qui crachaient sans vergogne des panaches noirs, jaunes ou blancs. Une Cité grisâtre de béton qui noircissait le bleu du ciel. Astur voyait le changement qui s’opérait inexorablement. L’assèchement du fleuve laissait davantage de place au sable, alors que les fumées déversaient leurs contenus toxiques sur les populations vivant encore à l’extérieur, loin de toute cette irréalité, de ces tours sans fenêtre pour voir les conséquences de leurs actes au dehors. Sa mère était atteinte d’une maladie respiratoire chronique, et il savait pertinemment quelle en était la source. Astur n’avait qu’une ambition dans la vie, celle de mettre le feu à ces maudites tours, jusqu’à transformer la Cité en un brasier ardent !

Il n’y a jamais un instant de répit dans ce monde futuriste étincelant en apparence qui dissimule la vraie réalité…

Qu’est ce que ça fait du bien de lire un roman pareil ! Le mélange des genres est au poil ! J’ai pu osciller entre la dystopie pure et dure, l’anticipation et la science-fiction. C’est certain, les personnes qui vivent dans ces immenses tours de béton qui brisent les paysages terriens vivent bien loin des préoccupations extérieures. Toute leur vie n’est que mensonge, dès leur naissance, et ils doivent se conformer à ce que la société attend d’eux. Devenir des surconsommateurs. Mes chères consotoyennes, chers consotoyens ! Tel serait le discours de notre président en ce monde, puisque le nom de citoyen tel que nous le connaissons n’existe pas. Les consotoyens doivent faire tourner le système, quoi qu’il arrive, en surconsommant tous les produits présentés dans les publicités tout en gérant les points – qui est en fait leur monnaie – qu’ils gagnent en travaillant ou en faisant du sport. J’adore cet univers, qui est une extrapolation du nôtre, mais qui n’exagère peut-être pas tant que ça ! C’est l’occasion pour les auteurs de réaliser un état des lieux de notre civilisation et d’en faire une critique explicite.

C’est en cela que ce roman me parle beaucoup. Il est question de consommation surréaliste, de pollution, de robotique, d’expansion et de croissance économique continue, de spéculation financière et d’exploitation des ressources naturelles. Ce sont des thèmes qui viennent accentuer le sentiment d’oppression des consotoyens, qui vivent dans une douce illusion créée de toute pièce. Ils ne sont même pas conscients de ce qui se déroule en dehors des murs de leurs tours de plusieurs kilomètres de haut. Tout fonctionne en circuit fermé, et seuls certains privilégiés ont un regard réel sur le fonctionnement des tours et du monde. Mais ceux-là sont rares et triés sur le volet. Aïleen va pouvoir entrer dans cette réalité qui la dépasse, et va comprendre que son futur travail ne sera pas aussi simple. Elle va passer d’une existence simple, basée sur le divertissement et l’accumulation de points pour consommer, à un poste où la mort se trouve à portée de chacune de ses décisions…

J’ai beaucoup apprécié ce décalage entre la première partie du roman, qui présente beaucoup de nouveaux termes, créant ainsi une immersion beaucoup plus intense, et une vie presque idyllique, qui entre en contraste avec la suite. L’arrivée d’Astur et de Jef dans l’histoire ont bouleversé totalement ma lecture. Non seulement leur côté aventureux est sans limite, mais ils sont beaucoup plus malins que la plupart des autres enfants. L’école de la vie est bien différente pour ceux qui vivent hors des tours ! Je ne m’attendais pas à pouvoir suivre avec attention un point de vue externe aux tours. Et cela donne encore plus de matière à réfléchir, tout en apportant un énorme plus à l’intrigue. Boxap 13-07 est un roman qui se lit sans tourner la tête vers une autre source de distraction. Cette histoire est la pépite que j’attendais, une dystopie tentaculaire très sombre mais à la fois pleine d’espoir, dotée de personnages attachants qui s’unissent même dans la plus horrible des humanités. Et que dire de ce final surprenant, et même de tous les dénouement qu’il délivre. Je me suis mis à rêver avec les auteurs, avec toutes ces possibilités qui viennent clôturer une œuvre stupéfiante ! 😀

Ma note : 5/5

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6 Commentaires

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